En une phrase

Le nombre de roses n’a pas de sens dans les traités du XIXe siècle : ils codent la forme (bouton, rose ouverte, couronne), jamais la quantité. Les significations par nombre viennent de listes récentes, surtout anglophones. En France, l’usage est d’offrir un nombre impair jusqu’à une dizaine, puis une douzaine ou plus ; le nombre pair est réservé aux morts en Russie, pas en France.

Les listes en ligne se recopient. On y lit qu’une rose dit le coup de foudre, trois roses « je t’aime », douze une demande. Aucune ne cite de source plus ancienne qu’un fleuriste contemporain. Cette page sépare ce qui est écrit, ce qui circule et ce qui se fait.

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nombre de roses codé chez La Tour (1819), Zaccone (1853) ou Greenaway (1884)
1, 3, 12
les nombres communs aux listes consultées
pair
réservé aux défunts en Russie

Ce que disent les listes, et ce qui se fait en France

La colonne « dans les listes » reprend une liste publiée en février 2024 par HuffPost au Royaume-Uni, qui s’appuie sur la British Florist Association. La colonne « usage français » décrit ce qui se pratique chez les fleuristes, sans texte qui l’impose.

Nombre Dans les listes (2024) Usage français
1 « la seule », le coup de foudre courant : une rose rouge seule, souvent à la Saint-Valentin
2 un couple heureux rare : nombre pair, on ajoute ou on retire une fleur
3 cadeau du « troisième rendez-vous », « je t’aime » courant : petit bouquet équilibré
5 absent de la liste citée courant : bouquet impair
6 l’emballement, le passage à une étape rare : on lui préfère 5 ou 7
7 absent de la liste citée ; d’autres listes y lisent la passion courant : bouquet impair
10 l’amour parfait rare : on passe à 9 ou à la douzaine
12 « sois à moi » courant : la douzaine, nombre pair accepté
15 des excuses rare
24 deux fois douze, « je suis à toi » occasionnel : grandes déclarations, anniversaires
36 fou amoureux rare
50 un amour sans limite occasionnel : noces d’or, anniversaires de 50 ans
100 absent de la liste citée rare : une déclaration par la quantité, sans sens codé

Deux constats ressortent :

  • Les sens par nombre sont récents et instables. La liste britannique ne donne rien pour 7 ni pour 100, deux nombres que les pages françaises commentent pourtant. D’une liste à l’autre, 6 roses disent l’obsession ou le simple attachement.
  • En France, l’âge et l’anniversaire comptent plus que le code. Offrir autant de roses que d’années est un usage répandu pour un anniversaire de mariage ou un âge rond, et il ignore la règle de l’impair.

Ce que disaient les traités : des formes, pas des nombres

Le dictionnaire de Charlotte de La Tour, publié en 1819 et réédité tout le siècle, ne compte jamais. Il code la forme du bouquet :

Forme Sens chez La Tour
Un bouton de rose jeune fille
Un bouton de rose blanche cœur qui ignore l’amour
Une feuille de rose jamais je n’importune
Un bouquet de roses ouvertes faites du bien
Une rose blanche et une rose rouge souffrances d’amour, feu du cœur
Une couronne de roses récompense de la vertu
Un rosier au milieu d’une touffe de gazon il y a tout à gagner avec la bonne compagnie
Un monceau de fleurs (éditions Garnier) nous mourrons ensemble

Le seul « nombre » du livre est la paire de roses blanche et rouge, et elle tient au contraste des couleurs, pas au chiffre deux. Greenaway, en 1884, reprend la même logique : « une rose blanche et une rouge ensemble » signifient l’unité. Les significations de chaque couleur sont détaillées dans la page sur la couleur des roses.

Le nombre pair et le deuil

La règle la mieux attestée ne vient pas du langage des fleurs mais de la coutume. En Russie, un nombre pair de fleurs est réservé aux funérailles et aux tombes ; l’offrir à une personne vivante passe pour lui souhaiter la mort. Le Moscow Times le rappelait en 1995 : « ne jamais offrir un nombre pair de fleurs à une personne vivante ». La même règle est souvent citée pour l’Ukraine et d’autres pays de l’ancienne Union soviétique.

En France, cette règle n’existe pas. Les compositions de deuil ne se comptent pas : une gerbe, une couronne ou un coussin se choisit par sa forme et sa taille. Le choix des fleurs et des formes pour des obsèques est expliqué dans le dossier sur les fleurs de deuil. En revanche, si le bouquet va à une personne d’origine russe, ukrainienne ou d’un pays voisin, comptez les tiges et offrez un nombre impair.

Pourquoi l’impair en France

L’habitude d’offrir 3, 5, 7 ou 9 fleurs est un usage actuel, sans texte fondateur. Deux raisons pratiques sont avancées :

  • la forme : un bouquet rond à nombre impair n’a pas de « trou » au centre ni de symétrie raide, il paraît plus naturel ;
  • la douzaine : la vente à la douzaine a installé 12 comme un nombre complet, pair ou non.

Dans un grand bouquet, le nombre ne se lit plus : c’est la couleur et la tenue du bouquet qui parlent.

Ne pas confondre

Terme Sens
Une botte des fleurs d’une seule variété, liées en paquet telles qu’elles arrivent du producteur
Un bouquet une composition, avec feuillage et parfois plusieurs espèces
Une douzaine 12 tiges, nombre pair accepté partout en France
Une rose à plusieurs têtes une tige ramifiée qui porte plusieurs fleurs : elle compte pour une tige

Choisir le nombre

  • Pour une déclaration

    une rose rouge seule, ou 12 roses rouges pour une demande. Le choix des fleurs pour le 14 février est détaillé dans la page sur les fleurs de la Saint-Valentin.

  • Pour remercier ou faire plaisir

    5, 7 ou 9 roses, ou une botte mélangée, sans se soucier du code.

  • Pour un anniversaire rond

    autant de roses que d’années, ou une douzaine si le nombre devient trop grand.

  • Pour une personne d’Europe de l’Est

    toujours un nombre impair, sauf pour un défunt.

Une seule rose rouge allongée sur un fond blanc, avec sa tige et quelques feuilles
Une rose rouge seule. · Photo: Rose rouge seule, Carlos Zael, Pexels License

Le sens de chaque fleur, au-delà de la rose, est rassemblé dans le tableau maître du langage des fleurs.